Aucun concert planifié à ce jour.
La Souris Déglinguée, vu par Laurent Chalumeau
La saga de La Souris Déglinguée (Proust se serait extasié : « noms de groupes, magie des noms ! ») prend les couleurs d’une extraordinaire aventure humaine, sociale et artistique. Et, à savoir comme elle dure, il serait peut-être temps que ça se sache.
Aventure humaine, d’abord : la longévité et la solidité du « collectif » laisse pantois, soudé mieux qu’au premier jour, garanti et animé par un personnage hors norme, même et surtout dans l’univers du Rock, qui, sans malice et sans coquetterie, décourage le portraitiste : Tai-Luc, chanteur, auteur et compositeur, puis, au choix : moine-rocker, comme on disait moine-soldat, idole des jeunes rétive, sex symbol paradoxal et réticent, leader charismatique qui se dérobe au culte. Boys Band pour boys band, la différence entre La Souris et feu les 2B3, c’est d’abord lui.
Aventure sociale, tant s’avère rare et riche la pittoresque diversité de son public multiparisien et transgénérationnel (s’il n’y avait eu que des « skins », rouges ou bruns, pour aimer La Souris, ça ferait belle lurette que le soufflé serait retombé). Comment qualifier la ferveur, la dévotion toute particulière de ses… - comment les appeler ? « Fans » ne convient pas, « adeptes » ou « disciples » non plus. On aurait envie de dire : de ses militants, de ses « compagnons de route ». De ses « relais» . Aucun groupe dans l’histoire, à part peut être le Grateful Dead aux Etats-Unis, n’a suscité et entretenu cette qualité très spéciale de relation avec ses auditeurs pendant aussi longtemps. C’est ainsi que d’un point de vue « industriel » ou show bizeux, la « carrière » de La Souris ne ressemble à aucun autre, empruntant ou inaugurant des filières et des circuits qu’elle était seule à pouvoir parcourir sans encombre : se trouver invité à jouer dans un squat de Belleville ou une usine occupée du 93, c’est une chose, mais dans une cave à Lhassa (Tibet) ou un trou d’obus des Balkans, c’en est une autre. D’emblée, le groupe a trouvé son confort dans la dissidence sereine et le contournement tranquille. La Souris a existé en marge. En parallélisme parfait et scrupuleusement maintenu avec les groupes « normaux ».
Aventure artistique enfin,surtout. D’un disque à l’autre, La Souris concilie une orthodoxie Rock de puriste et une ouverture, une liberté dans le brassage, l’accueil et l’appropriation des influences qui, à elle seule, constitue une exception culturelle. Parfois, le « phénomène » et les turbulences qu’il a générées l’ont fait oublier : La Souris Déglinguée est un groupe passionnant, exigeant et surprenant. Des brûlots punks des débuts aux ambiances plus élégiaques et composites des derniers albums, l’invention et le renouvellement mélodiques sont constants. La rigueur à la rime et la simplicité classique aussi.
Pour autant, il serait injuste de reprocher aux médias de ne pas s’être davantage intéressés à La Souris. D’une part, au fil des années, la pile des articles enflammés et enthousiastes est devenue plus épaisse qu’un annuaire des Deux-Sèvres.
Quant à l’audiovisuel, comme disait ma grand-mère, on ne peigne pas un diable qui n’a pas de cheveux. Télévisions et radio n’ont à l’évidence pas réservé à La Souris la place que méritaient la qualité de sa production et l’ampleur et la vivacité de son succès souterrain, mais de son côté, La Souris, Tai-Luc en tête, n’a jamais fait d’efforts pour se plier aux exigences, parfois saugrenues, mais souvent bénignes, de support commerciaux.
La seule amertume qu’on puisse nourrir en faisant ce constat concerne les disques et les chansons du groupe. Quand bien même les auteurs se moquent pas mal d’en vendre plus ou d’être « classés au top « (comme Jésus : « leur royaume n’est pas de ce monde »), les chansons, elles, méritent d’être encore mieux diffusées, elles sont faites pour toucher (à tous les sens du terme) encore
plus de (jeunes) gens. Sans jeter au passage le moindre gravillon dans le jardin de quiconque, le moment est peut être venu d’entériner les faits : Tai-Luc construit a un répertoire « utile à vivre et à rêver », comme dirait Roda-Gil, d’une intensité et d’une évidence qui lui réservent une place parmi les auteurs les plus célébrés de la Chanson Française contemporaine.
Que les rééditions des albums de la Souris et l’écho qu’il convient de leur donner aboutissent donc à ça : la découverte par de nouveaux adeptes, jeunes ou pas, d’une tonalité unique qui, d’un point de vue musical aussi bienque littéraire, a su s’affiner avec le temps, sans le moins du monde lâcher en route l’exigence morale, l’irrévérence tonique et l’humour pince sans rire des origines. Et si ce n’est pas cette fois-ci, tant pis ! Ce sera la prochaine !
Depuis le temps qu’elle est Déglinguée, La Souris a prouvé qu’elle est increvable.
12-10-2009
Concert de La Souris Déglinguée au Bataclan samedi 23 janvier 2010
Aucun goodies à télécharger.
Aucune boutique disponible.
Aucun gadget à télécharger.
La saga de La Souris Déglinguée (Proust se serait extasié : « noms de groupes, magie des noms ! ») prend les couleurs d’une extraordinaire aventure humaine, sociale et artistique. Et, à savoir comme elle dure, il serait peut-être temps que ça se sache.
Aventure humaine, d’abord : la longévité et la solidité du « collectif » laisse pantois, soudé mieux qu’au premier jour, garanti et ani ...
Lire la biographie complète